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Aller bien... et si ça s'apprenait ?

Laurence Roumilhac

Mon diagnostic : Un monde qui nous épuise

N

ous vivons dans un monde sens dessus dessous, brutal et imprévisible. Tout va à 200 à l'heure et nous avons fini par trouver cela presque normal. un peu comme on finit par trouver normal

de dîner debout devant le frigo. L'humain s'adapte, c'est l'une de ses grandes forces. C'est aussi son problème : actualité désastreuse en continu, journées qui débordent, pression constante pour être le ou la meilleure, et ce bruit de fond permanent que nous avons poliment rebaptisé « la vie active ».

Au milieu de tout cela, un petit malaise sourd s'installe, que nous n'osons pas nous avouer. Nous répétons « ça va, ça va, je gère » avec le sourire crispé de quelqu'un qui porte trois sacs de courses, un cartable et un téléphone qui sonne. Le tout au sixième café de la journée. Certains poussent le vice jusqu'à le boire devant un JT qui ne s'éteint jamais, histoire de rester « au courant ». (Au courant de quoi, on ne sait plus très bien. Mais au courant.)

Résultat : nous ne vivons pas, nous survivons. Trop d'informations, de sollicitations, d'injonctions. Et ce paradoxe : l'école nous a appris le théorème de Pythagore, l'accord du participe passé et la date de Marignan, mais pas à traverser un échec, à nous apaiser, à nous relever après un divorce, un licenciement, un accident, un deuil, ou à vivre avec un handicap. C'est pourtant ça, aussi, la vraie vie. Et sur ces sujets-là, Pythagore reste d'un silence remarquable.

Je crois qu'il est temps de réapprendre à vivre.

Le projet : Réapprendre à vivre maintenant

En comprenant qu'à côté des compétences professionnelles et sociales, il existe des compétences humaines : celles qui nous permettent de traverser les épreuves sans perdre pied, sans céder au découragement ni à l'isolement. Elles ne figurent sur aucun CV. Elles devraient.

En changeant de perspective face à ce qui nous arrive, car c'est un pouvoir que personne ne peut nous enlever. Encore faut-il en avoir la disponibilité : notre regard sur le monde dépend d'abord de notre état intérieur. Rien n'a la même tête à 3 heures du matin et après une vraie nuit de sommeil.

En retrouvant le lien avec nous-même. Prendre soin de sa santé mentale n'est pas une option bien-être à cocher entre le yoga et le jus de céleri, c'est une priorité, directement liée à notre santé physique. Parce que notre corps, lui, ne fait pas semblant de ne pas être au courant.

En préservant nos vrais liens avec les autres. Ceux qui nous nourrissent, nous font grandir et nous apportent de la vraie joie. Pas les likes. Pas la validation des autres pour se sentir aimé. Aucun like n'a jamais apporté une soupe à quelqu'un de grippé.

Aller bien est une compétence, pas un don

Je crois profondément que nous pouvons aller mieux. Aller bien n'est pas un don qu'on a ou qu'on n'a pas, comme le sens de l'orientation. C'est une compétence humaine. Et elle commence par la conscience de soi et du monde dans lequel nous vivons, ce monde qui nous fait fonctionner en pilote automatique pour tenir le coup. Le pilote automatique, c'est parfait dans un avion. Dans une vie, il finit toujours par rater la sortie.

Nous pouvons apprendre à nous connaître : nos besoins, nos valeurs, nos talents, nos vulnérabilités. Reprendre notre libre arbitre et notre responsabilité. Distinguer ce qui nous regarde de ce qui ne nous regarde pas (la deuxième liste est nettement plus longue). Dire non sans honte, et sans y joindre un justificatif en trois exemplaires. Mieux nous entourer, mieux dormir, mieux respirer, mieux nous nourrir… et mieux nous éloigner de la noirceur de ceux qui ne veulent pas aller mieux.

Ce que nous pouvons choisir

Nous pouvons choisir les informations que nous suivons. Dire merci pour ce que nous avons déjà, plutôt que courir après ce qui nous manque. Nous désoler des catastrophes du monde sans détourner le regard, mais sans nous laisser dévorer par la culpabilité. Nous ne sommes pas responsables de la tristesse de la planète entière. Respirons : personne ne nous a nommés ministres du malheur universel. Le poste n'existe pas, il n'est pas rémunéré, et il compte déjà beaucoup trop de candidats.

Nous pouvons choisir la lucidité plutôt que le pessimisme ou le déni. Arrêter de vouloir tout contrôler (la météo, les ados et les collègues résistent très bien à nos tentatives). Accepter l'adversité comme une composante normale de la vie, pas comme une anomalie à éliminer. Les guerres et les tragédies existent depuis toujours, et nous sommes toujours là.

Nous pouvons nous engager pour des causes importantes, soutenir ceux qui soignent, qui sauvent, qui cherchent. Mais nous avons d'abord le devoir de prendre soin de nous. Comme dans l'avion : « En cas de dépressurisation, mettez votre masque à oxygène avant d'aider votre enfant. » C'est la consigne que personne n'écoute, et la seule qui serve aussi au sol.

Et si nous changions de regard ...

Nous croyons voir le monde tel qu'il est. En réalité, nous le voyons depuis notre fenêtre, avec nos habitudes, notre histoire et, certains jours, des vitres qui mériteraient un bon coup de chiffon.

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Changer de regard, ce n'est pas se raconter que tout va bien. C'est accepter de faire un pas de côté : écouter quelqu'un qui ne pense pas comme nous, lire ce que nous n'aurions jamais ouvert, poser une question au lieu d'avoir déjà la réponse. Cela demande un peu de courage.

Ce qui élargit notre regard finit souvent par déplacer nos convictions

Tant mieux. Une conviction qui n'a jamais bougé n'est pas forcément solide : elle n'a peut-être simplement jamais été dérangée.

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Et quand la réalité, elle, ne change pas, il nous reste toujours ce pouvoir-là : choisir d'où nous la regardons.

Et puis : Aller bien, c'est contagieux !

Aller bien, ce n'est pas supprimer la tristesse, la colère ou la fatigue. C'est apprendre à les traverser sans y laisser sa peau.

Et quand nous allons mieux, ça se voit, ça se sent, ça se propage. Un parent plus apaisé plombe nettement moins l'ambiance au dîner. Un collègue qui pose ses limites autorise les autres à oser la même chose, et c'est tout l'open space qui souffle un peu. Même la machine à café a l'air soulagée.

Aller bien est aussi une responsabilité que nous nous devons les uns aux autres. Nous ne nous sauvons pas seulement nous-même : nous ouvrons une porte pour les suivants et nous donnons l'exemple à nos enfants. Lesquels, rappelons-le, n'écoutent rien de ce que nous disons mais copient tout ce que nous faisons.

Aller bien, ça s'apprend et franchement ça vaut largement le coup d'essayer, croyez-moi !

Aller bien n'est pas réservé à une élite zen née avec un mantra à la bouche et un diffuseur d'huiles essentielles au berceau. C'est une décision. Un chemin, pas une ligne droite : avec des détours, des rechutes, des jours où l'on retombe pile dans le panneau qu'on s'était juré d'éviter (il était pourtant très bien indiqué). Et quelques victoires aussi, qu'on a le droit de savourer sans complexe.

Le plus important n'est pas d'être parfait (laissons cela aux influenceurs et aux photos de vacances), ni de ne jamais retomber. C'est de décider d'aller mieux, de choisir encore et encore de mieux vivre, même un mardi, même sans café, même quand le monde va mal.

Allons plus loin ensemble

Si ces mots ont réveillé quelque chose en vous, c'est peut-être le moment d'aller plus loin ensemble.

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